Les 1000 premiers jours de la vie

Pour célébrer la Fête Nationale de la France, nous publions notre premier article en français.

Nous sommes heureux de vous présenter Adrien Besseiche, notre collaborateur qui nous parlera des premiers 1000 jours de la vie et pourquoi ils ont une importance critique pour la santé. 

Adrien 2014

Adrien est étudiant en thèse et il travaille dans l’équipe Diabète du Centre de Recherche des Cordeliers, au centre de Paris, France. Il a étudié Sciences Biologiques et il a suivi un Master en Métabolisme et Nutrition. Le sujet de recherche de sa thèse est la relation entre les corticoïdes et le déclenchement du diabète type 2 pendant la vie fœtale aussi bien qu’à la maturité.


Les maladies chroniques non transmissibles, telles l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires etc.,  constituent la première cause de mortalité à l’échelle de la planète (+ 17% dans les 10 ans à venir). Les conséquences sont majeures tant pour les individus, qu’en termes de dépenses de santé et de productivité. Les agences internationales reconnaissent la période des 1000 premiers jours comme pouvant influencer le risque de développer à l’âge adulte ces maladies non transmissibles. Le rapport 2013 de l’UNICEF confirme l’importance de ces 1000 premiers jours, la malnutrition pouvant nuire en début de vie, mais aussi conduire à un risque élevé de maladie et de mortalité et donc d’espérance de vie réduite. Les facteurs nutritionnels sont les plus impliqués dans la survenue de ces maladies, le début de la vie doit donc être une période d’intervention auprès des parents et des très jeunes enfants. La prévention nutritionnelle vise à faire passer des messages simples, tels l’hygiène de vie des parents 2 mois avant la conception, l’alimentation et le stress de la mère pendant la grossesse, l’incitation à l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois), ou encore une alimentation variée et répondant aux stricts besoins énergétiques d’un jeune enfant, sans laxisme ni phobie alimentaire. Ces messages permettent aux parents de prévenir à long terme ces maladies chroniques non transmissibles.


Toutes les mamans et les papas ont quelque chose à dire sur la naissance de leur enfant, et tous les parents ont tous en commun de vouloir donner à leur enfant le meilleur départ dans la vie. L’instinct des parents ne suffit pas à lui seul pour préserver l’avenir de l’enfant et la science leur apporte aujourd’hui une aide précieuse.

Des chercheurs (1) ont identifié les 1000 premiers jours de la vie de l’enfant, de la conception jusqu’à l’âge de 2 ans, comme étant une période critique qui programme le développement intellectuel et le capital santé de l’enfant pour le reste de sa vie. C’est donc une période déterminante et de vulnérabilité, pendant laquelle les expériences nutritionnelles et l’exposition environnementale vont laisser une empreinte durable sur le fonctionnement des cellules, organes ou système biologique et influencer la santé future de façon favorable ou défavorable.

Vos comportements programment la santé de votre enfant

Ce concept des 1000 premiers jours de la vie a vu le jour dans les années 1990 mais a pris toute son ampleur depuis la dernière décennie où des travaux scientifiques majeurs ont montré que les événements avant (tabagisme, alcool), pendant (stress, sous-nutrition) et après la grossesse (alimentation, polluants, infections) ont des répercussions à l’âge adulte, notamment sur ce qu’on appelle les maladies chroniques non transmissibles (2). Vous connaissez bien ces maladies : diabètes, obésité, hypertension artérielle, etc., elles sont la première cause de mortalité à l’échelle de la planète (+ 17% dans les 10 années à venir, (3)).

La programmation de ces maladies chroniques chez l’enfant devenu adulte implique des facteurs nutritionnels (carences, famines, surnutrition), des toxiques environnementaux (Bisphénol A), le mode de vie (activité physique, sommeil), le stress psychosocial (dépression, divorce, chômage, guerre) ou encore certaines infections. On dispose aujourd’hui de nombreuses données attestant que tous ces facteurs ont des effets à court terme sur la programmation précoce du développement intra-utérin et postnatal, et à long terme sur la santé future de l’enfant (Tableau 1) et parfois même sur les générations suivantes (4).

Causes précoces Conséquences
Restrictions de croissance intra-utérine, faible poids de naissance Diabète de type 2, surcharge adipeuse abdominale, hypertension artérielle, maladies cardiovasculaires, maladie rénale chronique, bronchopathie obstructive
Diabète gestationnel, obésité maternelle pendant la grossesse, prise de poids gestationnelle excessive Obésité, insulinorésistance, diabète de type 2
Prématurité Retard cognitif et moteur, diabète de type 2
Croissance post-natale ralentie Diabète de type 2, maladies cardiovasculaires
Croissance post-natale excessive Obésité, cancer
Exposition de la mère et du jeune enfant à des toxiques Retard cognitif et moteur, obésité, puberté précoce, infertilité, cancer, hypertension, maladies cardiovasculaires
Infections maternelles pendant la grossesse, infections précoces de l’enfant Asthme, maladies cardiovasculaires, autisme, schizophrénie
Situation psychosociale dans l’enfance difficile, carence affective Retard cognitif et moteur, troubles émotionnels et comportementaux, obésité

Tableau 1 : Evènements précoces néfastes courants et les risques scientifiquement associés

Vous pouvez agir pour votre bout de chou

Ce tableau peut paraître apocalyptique, mais il permet de prendre la mesure des conséquences qu’ont à l’âge adulte des évènements survenant pendant les 1000 premiers jours de la vie. Bonne nouvelle pour vous chers parents, il n’y a pas de fatalité, mais des gestes très simples pour diminuer les risques de voir votre enfant développer ces maladies chroniques.

D’abord, on oublie trop souvent le rôle du père (ou de votre conjointe), sous prétexte qu’il (elle) ne porte pas l’enfant. Mais sa présence pendant et après la grossesse diminue fortement le stress de la mère et donc du bébé. Maintenant nous savons aussi que l’alimentation trop riche en graisses, trop pauvre en protéines ainsi que le tabagisme du père peuvent avoir un impact à long terme sur la santé future de son enfant, car ces trois évènements altèrent la qualité des spermatozoïdes et le message qu’ils transportent et qui sera transmis à l’enfant (5). Quant à la mère, son rôle reste primordial pour garantir un environnement favorable à son enfant pendant cette période charnière. Plus les bons comportements sont précoces, plus le risque des maladies chroniques diminue. Voici un résumé (Tableau 2) des principaux comportements à favoriser.

Recommandations pendants les 1000 premiers jours
60 jours avant et pendant toute la grossesse Pendant les 6 mois après la naissance De 6 mois à 2 ans
-Avoir un IMC* <25 avant la conception (pour les deux parents)-Arrêtez de fumer et de consommer de l’alcool

-Mangez équilibré, réduisez vos apports en graisses saturées

-Ne consommez pas de caféine ni de boissons énergisantes

-Variez les aliments et les arômes auxquels votre bébé est très sensible

-Vérifiez avec votre médecin les interactions de certains médicaments avec la grossesse (Glucocorticoïdes, etc.)

-Le père et la mère doivent augmenter leurs apports en acide folique 2 mois avant la conception et tout au long de la grossesse pour la mère

-Si possible, prodiguez unallaitement exclusif au lait maternel-N’utilisez pas de biberons ou autres matériels de nurserie contenant du Bisphénol A

-Gardez une alimentation variée et équilibrée si vous allaitez

-Faites attention aux poissons susceptible de contenir du méthylmercure

-Continuez à ne pas consommer de caféine

-Père et mère, favorisez les contacts prolongés (>30min) peau contre peau avec votre enfant

-Favorisez l’activité motrice et la dépense physique de votre enfant-Appliquez au maximum la diversification alimentaire

-Prenez vos repas en même temps que votre enfant

-Surveillez les apports en vitamine D, Fer, Omégas 3 et Calcium

-La participationimportante du père à la nutrition est recommandée après la prédominance de la mère au cours del’allaitement

-Maintenez un apport spécifique en lait (500ml/jour)

IMC* Indice de Masse Corporelle, est une grandeur permettant d’évaluer la corpulence chez l’adulte et comprise entre 18 et 25 pour un individu sain.   

Tableau 2 : Recommandations aux parents pour les 1000 premiers jours de leur enfant

N’oubliez pas que vos goûts et votre diversité alimentaire influencent ceux de votre enfant.

N’oubliez pas que votre enfant est très dépendant de votre santé physique et psychique, qu’il est très réceptif à votre tendresse comme à votre stress et aux tensions dans votre couple.

N’oubliez pas non plus que ces conseils ne sont pas des solutions miracles mais qu’ils ne font que réduire les risques, ce qui est déjà beaucoup.

Enfin, n’oubliez pas votre principale mission : faites de la prévention pour votre enfant mais aussi auprès des autres parents, des crèches et des écoles.

Adrien et les pharmaciens

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